Les jours passent et le commissaire Petermann est toujours aux prises avec son histoire de fou. Il se repose sans cesse ces deux mêmes questions : comment est mort Johann Menzel ? Et qui est responsable ?
30 mai 1961… Ce qui s’est passé, le commissaire Petermann va enfin l’apprendre. Un homme a demandé à le voir au sujet de l’affaire Menzel. Bien entendu, il l’a tout de suite fait entrer.
L’homme âgé d’une cinquantaine d’années est pâle et maigre. Il semble relever de maladie.
- Je me présente : Heinrich Neuburg. Je suis sorti hier de la clinique des Tilleuls où j’étais hospitalisé.
Le commissaire réprime un cri. Cette fois ça y est !
- A la clinique je ne lisais pas les journaux. C’est aujourd’hui que j’ai appris l’affaire, et j’ai appris que j’avais été le témoin de quelque chose d’important. L’ancien pensionnaire de la clinique, qui a une respiration difficile, marque un temps et reprend.
- Dans la nuit du 22 mai, j’occupais la chambre 24, pavillon B. J’ai été réveillé par des cris inhumains, des hurlements. Cela a duré longtemps. Il y a eu des bruits de lutte et d’autres cris poussés par un infirmier : « Rattrapez-le ! » Et pis plus rien. Quand j’ai raconté cela le matin, on m’a dit que j’avais déliré pendant mon sommeil. Comme j’avais de la fièvre, je l’ai cru. On m’a dit aussi qu’on me changeait de chambre. Voilà, c’est tout…
C’est tout mais c’est plus que suffisant. Le commissaire sait que Mme Menzel avait dit vrai : c’est bien à la clinique des Tilleuls que le drame a eu lieu. Le Dr Steiner et son personnel ont menti pour cacher une faute quelconque. Laquelle exactement ? Le commissaire va l’apprendre. Maintenant ils sont obligés de parler.
Effectivement, dans son bureau, à la clinique, Wilfrid Steiner baisse la tête en écoutant ce témoignage accablant. Il emble vieillir à vue d’œil à mesure que parle le commissaire. Quand il prend la parole à son tour, c’est d’une voix brisée.
- J’ai joué le tout pour le tout. Je ne voulais pas perdre d’un seul coup : ma clinique, ma réputation, alors j’ai menti…
Le commissaire Petermann l’interrompt sèchement.
- Que s’est-il passé ?
Et le Dr Steiner commence son récit.
- Une chose très rare. C’est la première fois que cela arrive dans ma carrière, mais je savais que cela existait. On appelle cela une « psychose post opératoire ». A son réveil, le malade est pris d’un brusque accès de folie furieuse. C’est ce qui s’est passé avec M. Menzel.
- Vous étiez là ?
- Non, j’étais à une réception. Mais je laisse toujours le téléphone de l’endroit où je me trouve. J’ai été prévenu par l’infirmière en chef vers 23 heures. Johann Menzel s’était habillé et il voulait s’enfuir. Il avait déjà tenté d’étrangler l’infirmière et un infirmier essayait de le maîtriser. Dans ces cas-là, la démence donne des forces surhumaines.
Le Dr Steiner se passe la main sur le front en revivant cette nuit dramatique du 22 mai.
- J’ai tout entendu au téléphone, en direct, si je peux dire… Les hurlements de Menzel ont redoublé et l’infirmier a crié : « Arrêtez-le ! » L’infirmière a lâché le téléphone et s’est mise, elle aussi, à la poursuite du malade. Cinq minutes après hors d’haleine, elle m’a annoncé qu’il s’était enfui. Je lui ai dit que j’arrivais.
- Et ensuite ?
- Nous avons cherché toute la nuit, dans l’établissement, dans les rues avoisinantes. Mais sans résultat. Et pour cause : il était déjà chez vous.
Le commissaire Petermann fixe le médecin.
- Pourquoi n’avez-vous pas prévenu la police à ce moment là ?
- Jai perdu la tête. J’ai espéré jusqu’au bout qu’on le retrouverait et qu’on pourrait le remettre dans son lit, comme si de rien n’était, et puis, quand j’ai compris que ce n’était plus possible, j’ai décidé de cacher la vérité : j’ai maquillé le registre, j’ai fait disparaître les affaires de Menzel. J’ai menacé le personnel pour qu’il se taise. C’était enfantin je le sais. Mais sinon, c’était tout mon existence qui s’écroulait.
Le Dr Steiner marque un temps.
- Ce qui est le cas maintenant…
Condamné à 6 mois de prison avec sursis et à de lourds dommages et intérêts, le Dr Steiner a vendu sa clinique. Elle fonctionne depuis avec un nouveau patron et attire toujours la clientèle fortunée. Et, à contempler les majestueux tilleuls du parc, il est bien difficile d’imaginer le drame qui s’y est produit une nuit de mais.
Fin.
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander







Derniers Commentaires