Samedi 7 novembre 2009

Paroles délèves

Radio France a invité ses auditeurs à pendre la plume pour tracer le souvenir d'un professeur ou d'un élève qui a marqué leur vie. Plus de deux mille personnes ont répondu à l'appel. Ces témoignages exceptionnels ont été recueillis par Jean-Pierre Guéno.

Aujourdhui, le témoignage dAgnès






Te souviens-tu de cette gamine aux yeux rêveurs, silencieuse ; de cette fille d’étrangers, maigrichonne, au fond de ta classe ? C’était en 1955, elle avait 6 ans.

 

Te souviens-tu, maîtresse, que parfois tu l’appelais à ton bureau pour qu’elle t’apporte son cahier ? Les devoirs n’étaient pas faits.

 

Voyais-tu son air de chien battu ? Sentais-tu son tremblement de panique ? Non, je ne pense pas … Tu écrivais sur le cahier aux pages blanches «  Cette élève n’a pas fait ses devoirs ». Tu lui épinglais le cahier dans le dos. Tu demandais à une autre enfant d’exhiber la fautive dans toutes les classes. Aux récréations, tu la punissais encore en la plantant dehors, devant ta classe, dos à la cour, pour être sûre que l’école entière, du CP à la classe du certificat, puisse venir chuchoter dans le dos de ton élève.

 

Maîtresse dont je vois encore les cheveux noirs frisottés et dont le nom me brûle toujours, tu aurais pu, si tu avais eu un peu d’humanité, savoir que mon papa bien-aimé était parti en longue maladie et qu’il me manquait très fort. Moi à qui mes parents enseignaient de ne pas se faire remarquer, de ne jamais déranger les gens, j’avais trouvé ce seul moyen pour dire ma peine sans faire de bruit.

 

Et chaque matin dans ta classe, j’avais peur. Et les jours où tu disais mon nom, je me levais tandis que mon visage se vidait de son sang, et je marchais dans le brouillard jusqu’à ton bureau. La salle de classe aux murs très hauts, le plancher avec ses lattes entrecroisées, le silence terrifiant, accompagnaient ma traversée vers toi, vers tes paroles qui ressemblaient à des gifles, maîtresse.

                                                                                                  Agnès




Je me souviens très bien de ma première journée à " la Grande Ecole", école des soeurs St Vincent de Paul. Mon père qui en avait ras le bol de me lire des histoires m'avait appris à lire pendant le mois de juillet. B A = Ba. C'était facile et j'avais tellement envie de lire que j'avais appris très facilement et très vite.

Première journée : la soeur grosse, joufflue et moustachue fait l'appel par ordre alphabétique. Nous sommes une trentaine mais à cette époque, même dans les petites classes, le silence régnait, on entendait les mouches voler et ... mon estomac qui fera des bruits incongrus de tuyauterie jusqu'à la 6ème ! Mon nom commençait par un W.. alors j'étais sûre d'être la dernière de la liste.

La soeur écorche mon nom, je n'ose rien dire. La soeur me fixe avec insistance, malgré mon jeune âge je sens que j'ai du faire quelque chose de mal, qu'elle ne m'aime pas ! D'ailleurs c'est réciproque, moi non plus je ne l'aime pas d'emblée. Je ne comprendrai que bien plus tard : mon nom à consonnance allemande (mon grand-père paternel était Autrichien) était encore presque une insulte une quinzaine d'année après la guerre. 

La soeur demande : " Est-ce que quelqu'un sait lire  ? " Très fière de moi je lève le doigt, et je suis la seule. Alors la soeur dit : W.. prenez vos affaires et allez au dernier rang (à l'époque, on nous appelait par notre nom de famille et on nous vouvoyait). Mon père, en m'apprenant à lire, avait volé ses prérogatives, avait volé son savoir, son pouvoir de nous apprendre. Elle ne s'occupera pas de moi de l'année. Je m'ennuyais car je finissais mes exercices avant tout le monde. Alors a débuté ma réputation d'élève insolente. 

A cette époque les soeurs portaient la cornette (comme celle dans la série le gendarme de St Tropez avec sa 2CV). Je me demandais si la soeur était chauve sous cette cornette, si elle dormait avec, si elle mettait de la colle pour faire tenir tout ça. Alors je la dévisageais, c'est vrai, mais ce n'était pas par insolence mais pour répondre aux questions importantes que se posaient une petite fille qui ne connaissait encore rien à la vie.

" W... Baissez les yeux, vous êtes insolente (je ne savais même pas ce que cela voulait dire mais je baissais les yeux), j'en parlerai à la mère supérieure ".  Pour ça oui, elle en a parlé à la soeur supérieure, Soeur Marie-Josephe, qui me suivra jusqu'à la 6ème et qui m'en fera voir de toutes les couleurs, ce que je lui rendrai au centuple.

C'est lors de cette première année de primaire à  l'école des soeurs que j'ai appris à baisser les yeux. Plus tard, parce que je baissais les yeux, on me traitera de sournoise ! 

                                                                                        Garobulle













Par garobulle - Publié dans : Paroles d'élèves - Communauté : Diaspora Zorange
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  • : Nuages
  • : Je suis une bretonne têtue, un peu fofolle. Exilée de ma Bretagne. Tout m'intéresse, même vous. C'est dire ! Garobulle était le nom d'une petite jument de course que j'aimais beaucoup, c'est pourquoi j'ai choisi ce pseudo.

A lire ou à voir ....


En Suisse, la nuit, il se passe de drôles de choses. Le fantôme de la nuit guette les habitants.

Lorsque tout le monde est endormi, le fantôme de la nuit, le Toggeli, se rend chez ses victimes et s’assied sur leur poitrine pour les étouffer !

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